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La césure de 1964 : de l'Ancien Athénée au Nouvel Athénée

Depuis le milieu du XIXe siècle, l'Athénée surpeuplé souffrait d'une insuffisance notoire des bâtiments. Pendant plusieurs décennies, on discutait régulièrement de l'agrandissement de l'école. Les multiples plaintes sur l'exiguité et l'insalubrité, sur les dangers d'incendie, le manque de chauffage central etc. aboutirent en 1929 à une proposition de loi visant la démolition de l'ancien bâtiment et la construction "d'un nouveau gymnase". Les polémiques sévères sur le choix de l'emplacement - il y eut une dizaine de propositions - se prolongèrent pendant des années. Lors d'un "concours d'idées" en 1937/38, une cinquantaine de projets furent présentés pour le nouvel Athénée qui devait prendre le nom d '"Athénée du Centenaire". Finalement le terrain retenu, le parc de la Fondation Pescatore, fut acquis le 29 mars 1940, c'est-à-dire quelques semaines avant l'occupation allemande. Après la guerre, le gouvernement avait d'autres priorités. Ce n'est qu'en 1957 qu'il organisa un nouveau concours d'idées en vue d'obtenir des avant-projets pour la construction d'un nouvel Athénée au lieu dit "Geesseknäppchen". Parmi la trentaine de projets présentés, celui de l'architecte Laurent Schmit fut retenu. En automne 1958, les travaux de gros-oeuvre purent démarrer. La construction était terminée au printemps 1964.

A ce moment, laissant derrière lui 360 années de tradition, les vénérables bâtisses des Jésuites, les portails baroques, les escaliers usés par les générations, les cours austères et étroites, l'Athénée commença une vie nouvelle sur le versant oriental du Geesseknäppchen, dans un espace presque vierge et pastoral, naguère encore lieu de pâturage de grands troupeaux de moutons.
Le 20 mars 1964, bravant les ordres du ministère d'enterrer leur école "en toute intimité", selon l'expression du directeur Pierre Winter, les étudiants en prirent congé d'une façon fort originale. Habillés tout de noir, hauts-de-forme ou melons sur la tête, ils organisèrent à travers les rues de la vieille ville un "cortège funèbre" à la mémoire de l'ancien Athénée, dans la bonne humeur, mais avec une légère pointe de mélancolie. "Sic transit gloria ATHENAEI", telle était l'inscription élégiaque du panneau qui accompagnait le "corbillard", symbolisé par un vieux banc tout branlant. La cérémonie se terminait dans la cour d'honneur avec une sonnerie aux morts, le dépôt d 'une couronne - un vieux pneu richement décoré - et une oraison funèbre pathétique,"eheu, eheu, eheu". Ces adieux définitifs furent chantés par Jules Prussen dans son poème "L'adieu à la Vieille Ecole" qui se termine par ces vers:

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Texte: Jos Groben