Visite du projet en 2014

Voyage de mission au Cap Vert

Pendant les vacances de Pâques 2014, notre petit groupe, composé de 4 élèves et de 3 professeurs de l’Athénée, s’est rendu au Cap Vert pour participer à une mission de suivi du projet de coopération avec le lycée partenaire Escola Secundária António Silva Pinto de Santo Antão.

Pour nous habituer au climat africain, nous avons débuté notre séjour par une escale à Sal. Le sel a donné son nom à cette île ; les salines et en particulier celle de Pedra Lume sont parmi les plus importantes du Cap Vert. Mais le but de notre voyage n’était pas touristique, loin de là ; nous avons donc repris l’avion le lendemain pour découvrir une des plus belles îles de l’archipel, SãoNicolau.

Le bourgmestre de Ribeira Brava , «  capitale » de l’île, forte de 12000 habitants, nous a accueillis à bras ouverts. Il a mis à notre disposition un minibus avec chauffeur pour nous faire visiter cette île montagneuse, couverte d’une abondante végétation, mais peu fréquentée par les touristes. Il est vrai qu’un petit avion ne dessert l’île que deux fois par semaine et que l’accès par bateau est pratiquement impossible. Nous avons visité le parc naturel de Monte Gordo qui a gardé son authenticité ; les habitants, continuent à se déplacer sur des mules, et vivent en parfaite harmonie avec la nature. Le fameux dragonnier, arbre devenu rare aujourd’hui, y pousse en abondance parmi une flore variée, riche en couleurs et absolument superbe. Mais l’île de SãoNicolau n’est guère peuplée. Les  côtes sont rocheuses, et souvent inaccessibles, le travail est rare. Une usine de salaison de poissons emploie quelques centaines d’ouvriers. Il n’est pas étonnant que faute de travail, beaucoup d’habitants émigrent vers des îles plus développées ou vers l’étranger. Le contexte économique difficile explique aussi l’état misérable des écoles primaires que nous avons visitées : une seule salle, avec un tableau noir qui ne mérite plus ce nom, de vieilles tables et quelques chaises offertes dans le cadre d’une lointaine coopération, une bibliothèque contenant une douzaine de livres datant d’au moins vingt ans... . Les élèves n’ont pas de manuels scolaires, il n’y a pas de cantine, pas d’équipement sportif. L’instituteur nous a expliqué, non sans regrets, que les élèves ne font pas de devoirs à domicile, faute de livres et de cahiers. Même les plus petits rentrent le plus souvent à pied à domicile ; il n’y a pas de minibus qui les ramène chez eux. Les conditions d’enseigner sont souvent très difficiles.

Quant au lycée de Ribeira Brava que nous avons visité pendant toute une matinée, les conditions d’enseignement ne sont guère meilleures. L’équipement du lycée est vétuste, les méthodes d’enseignement sont traditionnelles, basées le plus souvent sur la répétition, les outils pédagogiques sont quasi-inexistants. Mais cela n’empêche pas les jeunes de nous servir de guides, de nous présenter avec fierté leur école, de nous parler en français de leurs intérêts et de leurs projets d’avenir, de nous questionner avec humour et curiosité sur notre vie privée. Un moment inoubliable a été pour nous, jeunes Luxembourgeois, la présentation de notre école, et de notre pays devant toute l’assemblée scolaire réunie, au total plus de 400 personnes. Après plus de six heures passées au lycée, nous avons finalement pu rentrer dans notre petite auberge, avec beaucoup d’adresses dans notre carnet et des souvenirs inoubliables  dans nos têtes.

Notre troisième étape a été l’île de SãoVicente avec sa capitale, Mindelo. L’accueil y était tout aussi chaleureux. Le directeur du lycée avec toute une équipe de professeurs nous a attendus à l’aéroport et nous a conduits à l’appartement mis à notre disposition par une famille d’origine capverdienne résidant au Luxembourg. Grâce à son port, l’île de SãoVicente est nettement plus peuplée et plus prospère que SãoNicolau, île rurale. Mindelo, la capitale, garde dans son architecture les traces d’un passé glorieux. Le lycée Ludgero Lima  est le plus ancien lycée secondaire du Cap Vert. Parmi ses plus célèbres élèves, figurent Amilcar Cabral, le fondateur de la nationalité capverdienne, et nombre de dirigeants actuels du Cap Vert. Tout comme l’Athénée, il offre un enseignement général et a une tradition humaniste. Le bâtiment sera totalement rénové par l’Etat capverdien ; reste que l’équipement de ce lycée est aussi très vétuste et médiocre. Parmi les besoins les plus urgents de ce lycée figurent une pompe à eau pouvant alimenter tout le lycée en eau courante ainsi que des panneaux solaires qui résoudraient le problème des pannes d’électricité fréquentes au Cap Vert, une véritable entrave à un apprentissage régulier. En guise de souvenir, le directeur nous a remis un grand tableau représentant le lycée Ludgero Lima réalisé par des prisonniers de Mindelo. 

La visite du lycée Escola Jorge Barbosa n’était pas prévue initialement. Sur demande de Monsieur Arlindo Rodrigues , un ami d’une Luxembourgeoise d’origine capverdienne, qui s’était spontanément offert de nous servir de guide pendant notre séjour à SãoVicente, nous avons accepté de visiter ce lycée, situé dans un quartier socialement défavorisé. Le congé de Pâques n’avait pas empêché toute une équipe de la direction, des professeurs et des élèves de nous accueillir à l’entrée du lycée et de nous montrer les installations. Quel a été notre choc quand nous avons vu la cuisine qui sert plusieurs centaines de repas par jour : une cuisinière datant d’une trentaine d’années, une petite table brinquebalante, un frigo vétuste et énergivore. Or ce lycée a le mérite d’offrir des repas gratuits aux jeunes du quartier à condition qu’ils viennent régulièrement à l’école et fassent des progrès. Les résultats sont plus que probants ; même si sa population scolaire est d’origine modeste, ce lycée a eu droit au titre de meilleur lycée du Cap Vert et a décroché beaucoup de notes «  Excellent » à l’examen de fin d’études secondaires.

Nous avons terminé notre séjour au Cap Vert à Santo Antão, le but de notre mission. Quand nous avons mis pied à terre, nous avons été surpris par les grands investissements qui ont été faits au niveau des infrastructures depuis notre dernière visite, il y a trois ans : de nouvelles installations portuaires, des routes recouvertes de belles pierres basaltiques, l’éclairage dans les rues principales, de petits taxis qui amènent les voyageurs vers les villages. Les responsables politiques semblent avoir compris que l’avenir de Santo Antão, - l’île de la canne à sucre et du rhum, avec des montagnes qui tombent dans la mer, des vues impressionnantes, des paysages verdoyants qui contrastent avec des régions arides, - dépend du développement du tourisme écologique, basé sur le respect de  l’équilibre naturel de cette île superbe. Pendant toute une journée, les élèves du lycée partenaire nous ont guidés à travers ces magnifiques paysages, construits en terrasses et  fréquentés par de nombreux marcheurs avides de calme et de  dépaysement, nous sommes passés par des villages isolés qui ont gardé tout leur charme, nous avons goûté le « grogue », dans une des nombreuses distilleries traditionnelles perdues dans le paysage où l’accueil est toujours chaleureux.

Le lendemain, nous avons dû passer aux choses sérieuses : le contrôle des investissements faits au cours de la première année de projet. Les deux cuisinières nouvellement engagées nous ont  servi, non sans fierté, la fameuse cachupa dans la cuisine équipée d’un fourneau, d’un réfrigérateur, d’un congélateur et de tout un équipement en ustensiles de cuisine et de couverts pour 300 personnes. Nous avons pu faire un tour dans la camionnette 4X4 acquise grâce au soutien financier de l’Athénée. Nous avons pu vérifier que des uniformes, des tenues de sports ont été achetés pour des élèves méritants, mais issus d’un milieu modeste. La direction du lycée s’est attendue à voir le nombre d’élèves augmenter grâce à l’appui financier de l’Athénée. Malheureusement, cet objectif n’a pas été atteint ; le nombre d’élèves inscrits au lycée a même baissé. Faute de travail, les familles quittent la région de Ribeira das Patas pour chercher du travail ailleurs. Reste le problème du réseau électrique, vétuste et surchargé. Nous espérons que les panneaux photovoltaïques dont nous équiperons le lycée l’année prochaine permettront de résoudre ce problème et que les ordinateurs et autres appareils électriques fonctionneront normalement.

Il est important de continuer à soutenir le Cap Vert dans ses efforts de développement qui passent inévitablement par l’accès des jeunes à l’éducation. Nous ferons de notre mieux pour  récolter l’argent nécessaire pour mener à bien notre projet avec le lycée de  Santo Antão. Nous avons réalisé que ces investissements ne sont pas vains. Notre projet d’aide est certes modeste, mais il donne une chance à de nombreux élèves capverdiens qui nous ont remerciés par leur accueil chaleureux, leurs rires et leur amabilité. Les besoins en matière d’éducation sont énormes. Nous nous sommes promis de ne pas abandonner ce pays merveilleux, de soutenir d’autres projets dans d’autres îles pour que ces gens gardent leur joie de vivre et aient une perspective professionnelle dans leur propre pays.

Eric Belche, Claire Faber, Julie  Eicher, Lucie Treinen

 

Danièle Atten, Marco Breyer, Marianne Dondelinger

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GALERIE DE PHOTOS - PROJET CAP VERT

 

Visite en 2013

 

 

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