L’Athénée – “de Kolléisch”

Si l’Athénée, au sens strict du mot, ne date “que” de 1817, ses racines plongent néanmoins jusqu’aux premières années du XVIIe siècle.

En effet, l’établissement actuel constitue l’ultime maillon d’une chaîne ininterrompue d’écoles secondaires dont la première fut le fameux Collège des Jésuites fondé en 1603 à Luxembourg. Ce collège, qui est à l’origine de l’appellation “Kolléisch” qui perdure jusqu’à nos jours, fut longtemps le seul établissement secondaire et supérieur de l’ancien Duché de Luxembourg et jouissait d’une excellente réputation.

Le pape Clément XIV ayant aboli l’ordre des Jésuites en 1773, l’impératrice-reine Marie-Thérèse ordonna la suppression de l’ordre dans les Pays-Bas autrichiens, donc également dans le Duché de Luxembourg, et le collège fut transformé en Collège Royal (de type “Theresianum”) dans lequel le clergé séculier remplaçait largement les Jésuites.

Au moment du siège de la forteresse de Luxembourg par les troupes de la France révolutionnaire en 1794, le collège dut interrompre sa mission d’enseignement. L’occupation française, puis l’annexion du Duché par la Convention, mirent fin au collège royal. Bientôt les bâtiments servirent tour à tour de prison, de dépôt de vivres, de caserne et, enfin, d’hôpital militaire.

Comme les autorités du Département des Forêts – créé en remplacement de l’ancien Duché de Luxembourg – souhaitaient récupérer les lieux pour y établir à nouveau une école, elles entreprirent des démarches qui n’aboutirent qu’en 1802! Entre-temps l’Ecole centrale prévue par la loi, et considérée par les autorités départementales comme le successeur et l’héritier aussi bien légitime que légal de l’ancien collège, s’était installée temporairement dans les murs de l’ancienne école de la Congrégation.

L’École centrale ayant enfin récupéré les bâtiments de l’ancien collège en juillet 1802, elle fut transformée en 1803/04 en une Ecole Secondaire dont l’existence réelle commença en 1805.

Suite à la fondation de l’Université de France, l’école reprit en 1808 le nom de collège, plus exactement de Collège Communal.

Avec l’effondrement de l’Empire napoléonien et l’instauration du régime dit des Alliés, le collège communal devint un “Gymnasium“. Le territoire du Département des Forêts avait été rattaché au Gouvernement général du Rhin-moyen-et-inférieur.

Le Congrès de Vienne ayant “restauré” le Luxembourg sous la forme d’un grand-duché attribué à titre personnel au souverain du nouveau Royaume des Pays-Bas, l’ancien collège fut transformé en Athénée Royal en 1817. Après les années plutôt troublées du régime français, on peut parler d’une véritable refondation, encore qu’une certaine continuité soit manifeste (les langues classiques restaient au centre du programme d’études).

Dès 1817 fut créée à l’Athénée une “classe de philosophie” où étaient enseignées la logique, la métaphysique ainsi que les sciences physiques et mathématiques, chaque fois à raison de dix leçons hebdomadaires. Cette année de cours supérieurs, appelée “cours académiques” à partir de 1824, devait, dans une certaine mesure, compenser l’absence d’université au Luxembourg.

Pendant les années trente du XIXe siècle, le Royaume des Pays-Bas fut secoué par la révolte de ses provinces méridionales, révolte à laquelle le Grand-Duché s’associa largement et qui déboucha sur la constitution du Royaume de Belgique. On sait que le Grand-Duché perdit ses territoires occidentaux au profit du nouvel État et fut alors réduit à ses dimensions actuelles. C’est vers cette époque que l’on se mit à faire, après les trois ou quatre premières années d’études, une distinction entre le “gymnase”, pour ceux qui se destinaient à des études supérieures, et l’“école moyenne” (future “école industrielle et commerciale”) pour les autres. Par ailleurs, on constate qu’une réforme supprima les cours académiques en 1837, et qu’une autre réforme les rétablit en 1848 sous le nom de “cours supérieurs” tout en les diversifiant (droit, philosophie et lettres, sciences mathématiques et physiques, médecine). Au début des années 1970, les cours supérieurs furent intégrés dans les enseignements dispensés par le Centre universitaire de Luxembourg nouvellement créé.

En 1892, l’école industrielle et commerciale de l’Athénée fut complètement séparée du gymnase et placée sous une direction particulière. En 1908, elle s’installa au Limpertsberg (futur Lycée de Garçons de Luxembourg).

Au cours de la deuxième moitié du XIXe siècle, les villes de Diekirch et d’Echternach avaient chacune été dotées d’un “progymnase” fonctionnant sous la supervision du directeur de l’Athénée. Puis ces progymnases furent transformés en établissements secondaires complets et le “Kolléisch” perdit le quasi-monopole qui avait été le sien dans le domaine des études secondaires pendant environ trois siècles.

Sous l’occupation du Luxembourg par l’Allemagne nazie, l’Athénée, rebaptisé “Athenaeum”, devint un “Gymnasium mit Oberschule für Jungen”. Les cours supérieurs furent supprimés.

Au lendemain de la Libération, l’ancien état de choses fut rétabli. Le “Kolléisch”, appelé officiellement Athénée Grand-Ducal (Lycée classique), retrouva donc aussi ses cours supérieurs. Quant à l’appellation de “Gymnase”, elle fut abolie.

En 1964, l’Athénée quitta ses vénérables locaux datant du début du XVIIe siècle pour de nouveaux bâtiments sis à la périphérie ouest de Luxembourg-Ville.

En 1968, une grande réforme modifia profondément l’instruction publique luxembourgeoise en en simplifiant certains aspects. C’est ainsi que l’enseignement dispensé jusqu’alors aux jeunes filles, dans des lycées ad hoc, fut rigoureusement aligné sur celui des garçons, et que la coéducation ou mixité fut introduite dans les établissements secondaires. Par ailleurs, l’unification de l’enseignement secondaire, proposant deux grandes orientations (“classique”, avec l’étude du latin, et “moderne”, sans latin, mais – à terme – avec une langue moderne en plus) et quatre sections au niveau du cycle supérieur, fit en sorte que le “Kolléisch” cessa de tenir une place à part dans le paysage scolaire luxembourgeois et devint un lycée parmi les autres.

Évoluant donc, depuis 1968, comme les autres lycées, l’Athénée n’a pas, pour autant, perdu de vue sa vocation qui consiste à dispenser un enseignement de qualité dans la meilleure tradition humaniste. Et, alors qu’il vient de commémorer ses quatre cents ans d’existence (2003), le “Kolléisch”, en ce début de XXIe siècle, ne craint pas d’affirmer haut et fort, à travers sa devise qui est: TRADITION ET INNOVATION, qu’il peut s’appuyer sur plus de quatre siècles d’expérience pour s’adapter aux évolutions présentes et affronter l’avenir avec confiance.